Compagnie Montanaro

La compagnie Montanaro

La Compagnie Montanaro développe des projets de création dans le domaine des musiques improvisées, nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde. Créée en 2001, spécialisée dans le cross over, elle est constituée d’un noyau vivant de musiciens réunis autour du directeur artistique Miquèu Montanaro* :

Baltazar Montanaro-Nagy (violon), Laurence Bourdin (vielle à roue), Serge Pesce (guitare accommodée), Fabrice Gaudé (percussions) Amanda Gardone et Estelle Amsellem (contrebasse), Carlo Rizzo (Percussions), Nagy Niké ( performances plastiques-voix), Gyöngyi Écsi (voix-Slovaquie), François Rossé ( piano), Éléonore Weill (flûtes, chant), Roxane Martin (harpe) le groupe Vujicsics (musique hongroise), Bujàk Andor (cuivres et bracs) et Pukkai Attila (cymbalum) qui sont en même temps qu’ils participent aux créations de la compagnie, traceurs de leur propres chemins musicaux.

Ces collaborations marquent la permanence de l’ouverture internationale et de l’ancrage provençal, plus largement occitan, un respect des héritages culturels et une vision décomplexée des métissages. Pour tout dire, d’une liberté de création sans autre entrave que ses propres limites.

Le nomadisme artistique de la Compagnie Montanaro s’inscrit en fait dans une construction progressive de passerelles entre les musiques, afin de favoriser leurs dialogues et leur évolution ; les créations s’assemblent et se découpent pour constituer des projets tantôt ambitieux, tantôt minimalistes, à la fois variés et convergents.

Les photographies d’Etienne Bertrand Weill, le cinéma de Szomjas György ou de Laetitia Carton, la poésie de Claudie Lenzi, d’Aurélia Lassaque ou Patrizia Cavalli, le son de Manu de Barros ou Serge Ortega, la danse contemporaine de William Petit, Carol Vanni, José Montalvo ou Josef Nadj, les dessins d’Edmond Baudoin, le théâtre d’André Neyton, les chansons de Arthur H, Moustaki, Gabriel Yacoub, Liette Remon ou Sylvie Berger nourrissent une pensée transversale et une sensibilité extrême à la beauté de la rencontre.

La Compagnie est également adhérente à la FAMDT et au PRIDES – Pôle Industries Culturelles et Patrimoines.

* à l’origine de plusieurs projets pérennes: « Le Chantier » Centre de Création des Nouvelles Musiques Traditionnelles et Musique du Monde », le Festival « Les joutes de Printemps » à Correns, le Festival de Néoules. L’ensemble « Vents d’Est ».


LES VOIX

Il n’y a rien d’égocentrique dans l’entreprise de Montanaro. Si le fil conducteur de son oeuvre reste son écriture musicale, reflet de sa personnalité, Montanaro est un alchimiste subtil, capable de réunir les individualités musicales les plus fortes, les plus riches, les plus diverses aussi, la musique ayant cette propension à transcender les hommes et les peuples et à les rassembler. Pour autant, alors que le « collage » est le risque permanent – et combien de fois avéré ! – de ce type de démarche, Montanaro a toujours su éviter les pièges de l’énumération et de la démonstration. À tout moment, malgré la complexité, malgré la technique exigeante, la musique reste souveraine. À tout moment, malgré la diversité, malgré le respect profond des personnalités et des cultures de chacun – véritable mosaïque de sensibilités –, l’unité de l’oeuvre est respectée : c’est le même esprit qui souffle sur toutes ces musiques et qui les relie en forme de « fraternités humaines et musicales », selon le propre mot de Montanaro. Au-delà des voix les plus diverses (Gulseren Yildirim, Pedro Aledo, René Sette, Hayet Ayad, Samia Benchikh, Nena Venetsanou, Sara Alexander, etc.), des horizons, des langues, des rythmes, des individualités, des instruments les plus disparates, cet ensemble forme un tout, ces musiques s’imbriquent dans une parfaite cohérence, autour de sentiments universels : la joie, l’amour, la nostalgie, ou tout simplement la fraternité qui est plus forte que ce qui déchire et sépare. « Susciter, donner envie, offrir la trame tout en faisant en sorte que chacun s’exprime selon son goût, selon sa culture, ses antécédents… C’est cet équilibre qui est intéressant et qu’il faut préserver. Il y a une unité musicale mais la place est laissée à la diversité », me disait Montanaro en 2001 (« Balada cantara, un nouveau projet de Miqueù Montanaro », Mediteria, n°12).
Avec une science certaine du dosage géoculturel, Montanaro nous balade de part en part de la Méditerranée, cette « Mer qui chante », à travers des mélodies soit traditionnelles, soit composées par lui, sur des textes corses, italiens, turcs, grecs, arabes, israéliens, provençaux, espagnols, etc. Il est d’ailleurs souvent malaisé de deviner, sans se référer aux livrets des disques, quelles sont les mélodies traditionnelles de celles sorties de l’imagination de Montanaro, ce qui est la marque d’une composition réussie, enracinée, sensible, humaine et chaleureuse. Et humble, aussi. Car notre alchimiste musical sait s’effacer pour laisser à ses amis musiciens et chanteurs le soin de composer et d’arranger certaines musiques, de vivre en permanence leur expressivité et leur sensibilité sans jamais se trouver entravés par la maîtrise musicale, par l’extraordinaire virtuosité compositionnelle dont fait tout le temps preuve Montanaro.
Il est ces véritables bâtisseurs qui, loin du tourbillon médiatique et de ses feux de pailles, construisent patiemment, avec obstination, dans la durée, une oeuvre dont la cohérence, la puissance, la solidité, n’ont d’égales que ses multiples réalisations (nouvelles créations, enregistrements, etc.), jalons d’un parcours foisonnant et prolifique, marqueurs d’aventures artistiques et humaines toujours renouvelées. Car si Miqueù Montanaro a rappelé par quelques enregistrements solistes ses origines provençales de tambourinaire, toute son oeuvre musicale et discographique est le fruit de rencontres musicales de toute nature. Bien loin d’un « métissage » en forme de mot d’ordre que certains s’imposent de mettre en oeuvre, Montanaro s’est construit dans le voyage et la découverte. Alors que l’entreprise « métissée » est bien souvent autocentrée, il a fait de la rencontre et du partage un mode de vie indissociable de son activité artistique et de sa production musicale. Sa découverte intime de la Hongrie a constitué l’élément déclencheur de sa philosophie et de son action.
Humaniste, Montanaro l’est incontestablement, et sans démagogie. Artisan infatigable, il a déjà derrière lui une oeuvre considérable et bariolée, qui porte en elle-même sa propre ontologie, loin des discours convenus de la technocratie culturelle. « Jusqu’à présent, j’ai toujours travaillé dans l’urgence, avec peu de moyens et surtout grâce à l’engagement, la patience et la complicité de tous ceux qui ont travaillé avec moi. J’ai toujours été attiré par les choses en devenir, qui ne sont jamais finies, qui avancent, mais dans lesquelles on se sent bien… Je suis patient mais obstiné » (Ibid.).
Luc Charles-Dominique, Professeur d’Ethnomusicologie à l’Université Nice Sophia-Antipolis.


CORRENS ET LA CRÉATION

De la rencontre avec Montanaro à la création du Chantier, 1er lieu en France dédié à la création dans les musiques de tradition orale.

La première fois où j’ai mis les pieds à Correns pour rencontrer Miquèu Montanaro, je ne me doutais pas qu’une longue aventure humaine et artistique était en train de se jouer. En effet. Miquèu était venu me présenter quelques mois auparavant un projet fou : celui d’une Odyssée en Méditerranée, faisant des escales musicales dans ses ports les plus mythiques. Or, une fois chez lui, quand il m’a eu parlé de ses différentes activités musicales, de sa relation intime avec les Corrençois toujours partant pour accueillir ses amis musiciens, ou organiser un festival, je n’ai pu m’empêcher de faire la relation avec un projet sur lequel j’avais travaillé quelques années auparavant sur ce même territoire : un lieu de création dédié aux musiques de tradition orale. Une conjonction d’énergies et de rencontres humaines dans le village de Correns offrait tous les ingrédients pour se lancer dans une expédition au long cours.
Le maire humaniste, Michaël Latz, précurseur du développement durable fit un accueil très favorable en offrant le fort Gibron comme cadre de travail et en soutenant ce projet. La boulimie créative musicale de Montanaro, ma propre expérience dans la musique contemporaine et le montage de projets ont permis la création de ce laboratoire qui a aujourd’hui douze ans de fonctionnement.
Ce lieu toujours très ancré sur son territoire, a désormé une équipe de cinq permanents et reste l’un des rares lieux de création dédié aux musiques traditionnelles et musiques du monde en France et en Europe.
Françoise Dastrevigne, Directrice artistique du Chantier (Centre de création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde)